#Gabon-Crimes économiques et financiers: Le Serpent se mord la queue (Editorial, Echos du Nord du 25/08/2014)

ECHOS DU NORD No 247 du Lundi 25 Août 2014

Echos du Nord No 247 Pic

L’EDITORIAL
De Désiré ENAME

Le serpent se mord la queue…

En sonnant le glas, comme il l’a fait, pour confondre, selon lui, toutes les personnes qui ont bénéficié de l’argent de l’Etat lors des fêtes tournantes de 2005 à 2009, c’est-à-dire qui l’ont détourné à leur profit personnel, Ali Bongo Ondimba (ABO) sait-il seulement qu’il vient d’ouvrir la boîte de Pandore et que les maux qui vont en être libérés n’épargneront ni lui-même, ni ses proches? Car le dossier des fêtes tournantes va d’abord dire comment en 2002 les pédégistes et affairistes pédégistes des provinces de la Ngounié et de la Nyanga ont utilisé l’argent de l’Etat. Il dira également comment, en 2003, les figures de proue du Moyen-Ogooué et de l’Ogooué-Ivindo ont utilisé les 50 milliards affectés à ces deux provinces. Parmi eux des émergents bon chic bon genre, dont un, très zélé, qui a pu bâtir une baraque estimée à près de 100 millions de F CFA. Pour 2004, le président de l’Assemblée nationale et des figures de proue de la province du Haut-Ogooué, dont Idriss Ngari, répondront de la manière dont les fonds alloués pour les festivités y ont été utilisés. Il en sera de même des pédégistes du Woleu-Ntem, en tête desquels Daniel Ona Ondo, l’actuel Premier ministre, en direction de qui des doigts se sont pointés quant à l’érection de villas aux abords du marché municipal de Mbgwema. Il sera aussi intéressant d’interroger le ministre de la Défense de l’époque, un certain Ali Bongo, sur des fonds alloués pour les corps militaires, et qui, à plusieurs reprises, ont pris d’autres directions; à tel point que des officiers supérieurs s’étaient rendus chez Omar Bongo pour réclamer leur dû, car sur les 450 millions de FCFA débloqués pour les forces de sécurité, ces dernières n’en avaient reçu que 50 millions. Omar Bongo a dû ressortir la somme manquante. On ne peut pas parler des fêtes tournantes sans interroger le patron du groupe BGFIBank. Tout comme était incontournable la pièce maîtresse du cabinet d’Omar Bongo Ondimba. Il ne s’agit pas ici, comme l’ont indiqué les membres du Front, de traquer quelques lampistes au détriment des gros poissons tapis au sein du PDG.

Tout ceci amène à comprendre une norme établie par les Bongo, de père en fils. De 1967 au 24 août 2014, ils ont donné une définition propre à eux du détournement des fonds publics. Il s’agit de toute distraction d’argent public qui n’ait pas obtenu le blanc-seing des Bongo. Voilà pourquoi l’opposition regroupée au sein du Front a parlé de «l’autorisation présidentielle de détourner (APD)». A l’époque de Bongo père, trois personnes avaient la possibilité de donner ce blanc-seing. Outre lui-même, il ressort que le puissant directeur de cabinet de l’époque et un certain ABO en avait la latitude. La formule consacrée par Omar Bongo était : «Accord très très très très total», au stylo rouge. Formule bien connue de toute la haute administration. Le destinataire (ministre, DG de société, TPG, DGB, Haut-commissaire à la Planification, etc.) comprenait que la porte était ouverte pour l’usage, à leur guise, des fonds publics. Mais bien entendu, il y avait la contrepartie des donneurs d’ordre. Ce système n’a pas disparu depuis que sa petite majesté glose sur les principes de bonne gouvernance pour les belles oreilles des Barack Obama, François Hollande, Angela Merkel et David Cameron. Pure balourdise.

C’est cette «autorisation présidentielle de détourner» dont s’est muni Maixent Accrombessi pour permettre à la société d’un autre ressortissant béninois, en collaboration avec des partenaires haïtiens, d’exercer un contrôle le sur tous les appels téléphoniques entrant au Gabon. Sur chaque appel entrant, cet homme perçoit un pourcentage qui lui revient directement. Bien entendu, Accrombessi n’a pas obtenu cette autorisation pour les beaux yeux de son compatriote. C’est un partenariat gagnant-gagnant. Le système part de Londres, où se trouve une bourse dont le but est de coopter les appels internationaux dans le monde. Une société appelée Global Voice Group, basée à Miami et détenue en majorité d’intérêts par des Espagnols, est partenaire en toute régularité, avec de nombreux Etats dans le monde dans le cadre de la gestion des appels téléphoniques. Ces derniers pour la zone Afrique-Caraïbes traitent avec une société haïtienne qui, elle, a un deal avec le limier d’Accrombessi. Ce qui se passe à une grande échelle, alors que le Gabon pouvait directement tisser ce partenariat avec Global Voice Group, comme de nombreux autres Etats. Un montage a été concocté par Accrombessi pour tirer la couverture de son côté, avec un de ses compatriotes. Au nom de l’APD. Et cela s’appelle du délit d’initié.

Par ce même canal, l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (Aninf) a tissé une opération similaire en autorisant une société basée en Hollande, «Freenom.Com» , à gérer le domaine «.ga», qui est le point d’accès du Gabon sur internet. Alex Bongo Ondimba, frère de sa petite majesté, devra expliquer aux contribuables gabonais l’intérêt de ce qui apparaît comme un marché de dupes pour le Gabon, mais rentable pour une poignée de personnes. C’est encore là, ni plus ni moins que cette APD. Alors, qui pille l’Etat?

Platon, philosophe, élève de Socrate et maître d’Aristote, rapporte dans le récit du mythe d’Er que le sort d’un être humain est le fait de son choix de vie. Dans ce mythe, un hiérophante présente aux âmes tout type de «sort», allant des vies des plus glorieuses aux plus modestes, voire des plus insignifiantes. Aucune âme n’est poussée par la contrainte dans son choix. Celui-ci est libre. Il est cependant une indication que l’hiérophante signale aux âmes, que chaque sort a soit des contraintes, soit des obligations ou encore selon qu’il est modeste, aucune contrainte. Il recommande alors aux âmes beaucoup de patience et de prudence. Dans le lot des âmes, il est une qui fera le choix de la plus grande vie glorieuse marquée par une royauté sans égale en puissance. Elle se précipite sur ce sort, mais manque de pot, ce sort le vouait à l’infanticide ; à la pire des tyrannies, puis progressivement à la déchéance pour finir au suicide. Elle négociera avec les divinités en vain. Le sort était scellé. Elle maudira les divinités sans se maudire elle-même. Ce qu’elle aurait dû commencer à faire. Sa petite majesté devra méditer sur ce mythe, car il s’apercevra que sa croisade contre les criminels financiers se retournera contre lui-même, tel un serpent qui se mord la queue.

On peut «être président de la République» ou simplement jouer à «être président de la République». Dans le premier cas, on a pris la mesure de son sort et l’on prendra aussi la mesure de ses choix en les sous-pesant et en examinant rigoureusement chacun d’eux. Mais dans le cas où l’on joue à «être président de la République», l’intéressé n’aura vu que le côté clinquant du pouvoir et ses attributs, sans se rendre compte du sort lié à ce pouvoir et des conséquences de ses choix. C’est ce qui va arriver à sa petite majesté Ali Bongo Ondimba.

 

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