#Gabon-Crimes économiques et financiers: Déclaration du Front uni de l’opposition

Déclaration du Front uni de l’opposition

Flyer_Front

 

Gabonaises, Gabonais, Chers compatriotes

Il y a un mois, nous vous annoncions la création du FRONT et notre détermination à tout mettre en œuvre pour réaliser, pour la première fois dans notre pays, l’alternance démocratique. Depuis ce jour, le FRONT, devenu une réalité, s’organise pour matérialiser cette ambition. Nous revenons vers vous aujourd’hui pour, non pas commenter l’actualité politique, mais pour quelques mises au point.

Le 54ème anniversaire de notre Indépendance aurait dû être un moment de grand rassemblement et d’unité nationale. Il aurait pu permettre à nos dirigeants de faire courageusement le point sur le chemin parcouru au cours de ces dernières années pour définir les axes d’un véritable sursaut National. Il n’en a malheureusement rien été!

Les Gabonais attendaient, par exemple, de savoir :

– Pourquoi l’Etat n’arrive pas à confectionner un Budget qui tienne la route pendant un an ;

– Pourquoi l’Etat ne prend pas en compte la situation des conditions de vie des apprenants et

– Pourquoi envoie-t-il nos enfants à la prison de Libreville, véritable école du crime, pour avoir réclamé leurs bourses ?

– Pourquoi l’Etat n’arrive pas à payer les bourses d’étudiants pendant un an ?

– Pourquoi le secteur de la santé est de nouveau bloqué par des grèves alors que l’Etat prétendait que tout y allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

– Pourquoi Ali Bongo qui a découvert, en 2014, que « ses compatriotes vivaient mal ! » et qui, depuis lors, lutte contre la pauvreté, a-t-il soudainement évité de parler de son grand projet des 25000 logements promis – mais jamais réalisés – il y a 5 ans mais dont le chiffre ,revu chaque année à la baisse, est passé à 5000 pour tomber à 1000/1500 habitations pour 2012 ?

– Pourquoi seuls Ali Bongo, son directeur de cabinet et, peut-être, son porte-parole, voient ces « usines de transformation» que vante bruyamment Ali Bongo dans la Zone Economique Spéciale de Nkok ?

– Pourquoi aucune espèce d’activité économique ne caractérise à ce jour cette Zone, le bide du septennat ?

– Pourquoi seuls Ali Bongo, son directeur de cabinet et, peut-être, son porte-parole, sont-ils les seuls à ne pas distinguer les chantiers routiers commencés avant lui et qu’il n’a fait que poursuivre comme cette autoroute à quatre voies dont les travaux traînent encore au PK25 ?

– Que deviennent les grands « contrats d’entreprises » qu’Ali Bongo signe par milliers, à chacun de ses voyages planétaires ?

– Que de chantiers arrêtés à peine commencés ! Que de promesses ! Que de mensonges !

Par de là les défilés et les feux d’artifice, seules traces qui restent de notre « Fête de l’indépendance », nous n’avons eu droit qu’aux mêmes ronronnements d’autosatisfaction, aux mêmes lauriers tressés sur une tête pourtant surchargée de flagorneries, et , bien entendu, aux vaines tentatives de faire porter à l’Opposition la responsabilité de tout ce qui ne va pas au Gabon. Preuve supplémentaire que le Pouvoir dit « Emergent » ne voit pas le même Gabon que les Gabonais!

Le 17 Août a cependant vu effleurer 3 des principaux scandales qui minent la République et dont la résolution, longtemps réclamée par l’Opposition, rencontrerait un consensus certain dans le pays.

Le premier de ces scandales a trait à l’instruction judiciaire et aux jugements de détournements des milliers de milliers de milliards dont notre pays a été et reste victime malgré les multiples organismes créés pour en atténuer les effets.

Cette prédation gigantesque des rentes tirées du bois, du manganèse, de l’uranium, mais surtout du pétrole, a été et reste le principal obstacle au développement de notre pays dans la mesure où, d’une part, elle limite considérablement les moyens nécessaires pour édifier les infrastructures terrestres, portuaires et aéroportuaires qui auraient accéléré son décollage, et où elle bloque, d’autre part, la mise en œuvre d’une véritable politique de l’éducation et de la santé qui auraient placé notre pays aux avant-postes des Nations.

Cette prédation n’est pas seulement la cause de « la pauvreté dans un pays de rente » visée par la Banque Mondiale, dès 1997, mais elle a également créé un délitement moral des agents de l’Etat et généré un sentiment d’impunité dommageable à toute volonté de reconstruction nationale.

Sur la gestion de ce pays dans laquelle Ali Bongo Ondimba est impliqué depuis 30 ans, le chef des Emergents a profité de contrôle total des médias publics pour nous faire porter tout le passif de ces 50 dernières années et nous faire passer dans l’opinion pour des revanchards en quête de restauration du régime Omar Bongo.

Dans le même temps, Ali Bongo, qui avait entrepris de démanteler, pan après pan, les moindres actifs de celui qu’il présentait hier encore comme son père, se voulait désormais blanc comme du kaolin à la face des Gabonais, non comptable du moindre passif et innocent du fait de son supposé « jeune âge ».

Nous déclarons qu’à partir de ce jour, nous profiterons de chaque dossier, à chaque occasion, pour rappeler les actes posés par les uns et les autres au cours de la longue durée du pouvoir Bongo. Nous travaillerons à élucider les zones d’ombre et à mettre en exergue le passif, tout le passif. Nous rendrons coup pour coup.

En décidant de faire maintenant toute la lumière sur le crime odieux de la prédation des deniers et biens publics, Ali Bongo a fait un pas d’autant plus grand qu’il répugnait jusqu’ici à le résoudre, répondant par une pirouette à ceux qui s’en inquiétaient. Il estimait notamment qu’il y avait « délit de patronyme » et qu’il n’en était en rien concerné de près ou de loin au point qu’il a étonné les journalistes en faisant référence, lors de son interview du 17 août, à « son chez lui à Paris » alors qu’il a toujours prétendu ne pas en avoir.

Les Gabonais, quant à eux, étaient consternés d’apprendre ainsi qu’un Chef d’Etat, constitutionnellement garant de la sécurité des biens et des personnes dans une République, n’estimait pas de son devoir de récupérer par tous les moyens légaux des deniers et des biens appartenant aux contribuables Gabonais et de juger leurs spoliateurs. Il faut désormais que justice soit faite !

Mais, l’affaire est si importante qu’aucun Gabonais n’acceptera que, au lieu d’aborder le problème dans toute son ampleur, le Chef de l’Etat en fasse une opération politicienne et, finalement, l’escamote.

Les Gabonais n’accepteront pas qu’Ali accable certains, dont quelques lampistes sans envergure, pour garder à l’abri ceux, connus de lui et de nombre de Gabonais, qui ont mis et continuent de mettre le pays dans l’état où il est, qu’on stigmatise comme toujours quelques petits larcins de poulets et de boîtes de sardines pour permettre aux gros caïmans de continuer la gabegie.

Les détournements faits autour des « fêtes tournantes », pour importants qu’ils ont été, ne sont qu’un volet très limité dans le grand Dossier des Biens Mal Acquis, une vaste machination mafieuse qui a mis le Gabon à genoux et dont les ramifications se trouvent à l’étranger, dans de nombreux pays. Nous pensons que ce procès ne peut être géré par le seul Etat Gabonais. Il devra s’étendre à des juridictions étrangères, voire, internationales.

Pour mémoire, en France, aux États-unis et au Royaume Uni, des instructions judiciaires ont été initiées, des policiers mis à contribution, des livres écrits sur ce scandale hors du commun. On ne peut plus en rester là !

De peur que cette affaire ne se résume à une simple manipulation politicienne et à un outil de chantage, nous nous réservons la possibilité de saisir à temps les organismes internationaux compétents en vue d’aider le Gabon et les Gabonais à recouvrer leur dû et, partant, leur dignité. Nous appelons aussi les magistrats gabonais à tenir haut le drapeau de l’indépendance judiciaire, à unir leurs efforts, pour sauver le pays en défendant les seuls intérêts qui vaillent : ceux du peuple Gabonais.

Pour avoir été, pour certains d’entre nous, dans les cercles dirigeants de l’Etat, nous savons que les contrôles mis en œuvre au Ministère gabonais des Finances par les chargés d’études de la Direction Générale du Budget, puis par ceux de la Direction Générale du Contrôle Financier puis, de nouveau, par ceux de la Direction Générale du Budget et, enfin, par ceux de la Trésorerie Générale de l’Etat, que toutes ces barrières, mises en place pour empêcher les décaissements frauduleux, ne peuvent être franchies que sur une « Autorisation Présidentielle de Détourner » (APD) !

Nous sentant désormais libérés de notre devoir de réserve, nous sommes prêts à témoigner sous serment devant les magistrats et à sortir tous les dossiers que nous avons sur la question.

Nous savons qu’Ali Bongo, aussi bien placé, sinon mieux, que nous, en sortira d’autres, notamment les siens. En effet, qui d’autre mieux que lui peut expliquer avec quel argent il a pu acheter des palais en France, en Angleterre et aux Etats Unis, ou construire, comme il le fait aujourd’hui, autant de châteaux à Libreville ? Qui d’autre que lui peut dire comment il a pu conserver son poste d’actionnaire dans les plus grandes sociétés privées du Gabon, y compris celles chargées des Grands Travaux, tout en restant un des principaux dirigeants de l’Etat ?

Le deuxième scandale, et non des moindres, est l’annonce faite par le Secrétaire Général du Conseil National de Sécurité, donc patron des Services Spéciaux. Ce dernier a profité de l’Anniversaire de l’Indépendance pour tirer la sonnette d’alarme qui, à certaines conclusions, parait un cri de détresse.

Le Général Nguetsara, en charge de l’Immigration pendant des dizaines d’années, s‘inquiète de ce que, a-t-il dit : « la croissance de la population Immigrée au Gabon se développe plus rapidement que celle de la population autochtone, et que son nombre a dépassé le taux de 17% de la population nationale, alors que les normes moyennes internationales se trouvent entre 5% et 7% » et, pire, que « le contrôle de l’Immigration clandestine est pratiquement insoluble en l’état actuel… », qu’il est « actuellement impossible, matériellement, d’assurer une surveillance stricte et efficace de nos frontières maritimes et terrestres en raison de leur étendue et de leur configuration géographique, et surtout du manque de moyens et de personnels… » ! Un aveu d’échec particulièrement grave dans un secteur aussi névralgique pour la Souveraineté Nationale, la sécurité des personnes et des biens !

On pourrait ajouter, sans vouloir noircir le tableau décrit par le Général, que toute la côte gabonaise, tous les bras de mer, de Cocobeach à Mayumba, sont contrôlées par des pêcheurs non-nationaux. Tout comme le petit et moyen commerce, les trois quarts de l’économie gabonaise sont aux mains d’opérateurs non-gabonais.

On pourrait aussi préciser, à la suite d’un grand commis de l’Etat chargé de la concurrence et de la consommation, que le « laisser-faire, laissez-passer » des dirigeants gabonais a permis aux importateurs, grossistes » et détaillants étrangers de s’assurer le contrôle de la quasi-totalité du marché gabonais » .

Ce contrôle a favorisé le siphonage des moindres augmentations salariales par des hausses des prix excessives du fait des marges bénéficiaires exorbitantes. Cela a provoqué un assèchement des circuits financiers de l’Etat, tous les surplus étant systématiquement rapatriés dans des pays d’origine sans qu’Ali Bongo Ondimba n’y trouve à redire.

Mais, d’autres conséquences n’ont pas été décrites par le Général. Outre le blanchiment d’argent, ce système a favorisé toutes sortes de trafics illicites (drogue, fausse monnaie, délivrance de faux papiers pour le vote des étrangers, neutralisation des milieux judicaires par des lobbies mafieux tant décriés par des opérateurs européens spoliés). Les Services Spéciaux ont relevé par ailleurs des cellules dormantes du Hezbollah, une pénétration notable de la secte Boko Haram, en attendant, demain, l’utilisation du Gabon comme zone de repli par des éléments troubles de certains pays de la sous-région !

Notre pays est en danger !

Ce que ne dit pas le Général, c’est comment tout cela a commencé ! Dans la mesure où ce secteur a été exclusivement géré, depuis 50 ans, par la Présidence de la République. Qui d’autre a favorisé aussi massivement cette immigration incontrôlée qui menace les équilibres sociologiques et démographiques du Gabon ?

Il n’y a désormais que la Justice pour statuer sur le cas des dirigeants qui ont ainsi bradé leur pays.

Le troisième scandale, enfin, concerne les violentes attaques proférées par Ali Bongo contre Jean Ping le 17 août dernier. Ces agressions, venant après celles du Porte -parole de la Présidence, du Secrétaire Général du PDG et du Premier ministre, appelle de la part du FRONT une mise au point.

Il n y a rien d’anormal dans un pays qui se veut démocratique que le Pouvoir travaille sous le contrôle diligent et critique d’une Opposition. Celle-ci traduit les récriminations des populations, et œuvre à l’alternance. L’Emergent en chef, le cerveau embrumé par des relents monarchistes, a visiblement du mal à s’y faire depuis 2009. On pourrait dire : « tant pis ! Il s’y fera! »

Mais, depuis 1970, les assassinats d’opposants et les crimes rituels ont une même origine au Gabon : la politique. Et comme Ali Bongo le reconnaît lui-même dans l’interview du 17 août, il n’est pas un nouveau venu dans la politique. On peut même dire qu’il y joue un rôle très actif depuis 30 ans.

Nous vous remercions.

Fait à Libreville, le 23 août 2014.

LE FRONT

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