#Gabon: Lettre ouverte à SE Eric Benjaminson, Ambassadeur des USA au Gabon

Lettre ouverte à Son Excellence

Monsieur Eric BENJAMINSON,

Ambassadeur,

Chef de la mission diplomatique des Etats-Unis au Gabon

Monsieur l’Ambassadeur,

Nous vous écrivons cette lettre pour exprimer notre étonnement et notre préoccupation à l’égard de vos actes, votre doctrine et votre fixisme depuis que vous êtes accrédité comme Chef de la mission diplomatique des Etats-Unis d’Amérique dans notre pays. Depuis votre arrivée à la tête de cette mission diplomatique, en effet, non seulement vous ne vous êtes jamais illustré par une grande ouverture d’esprit en écoutant des opinions différentes de celles favorables au Pouvoir mais, en plus, et au contraire, vous vous êtes au fil des mois, éloigné de la mesure, de la circonspection, de la pondération, des convenances et la distance qu’on est en droit d’attendre d’un diplomate. Sachez tout d’abord, Monsieur l’ambassadeur, que nous aurions préféré échapper à la tentation de vous écrire cette lettre qui n’eût pas été possible il y a encore quelques mois. Mais en l’espace de seulement quelques semaines, vous avez délibérément franchi la ligne rouge du tolérable. Ce sont vos agissements incompréhensibles qui nous ont décidés à vous adresser cette lettre ouverte. Sans doute, un sentiment de toute-puissance vous a-t-il poussé à croire que vous pouvez tout faire, que vous pouvez tout dire et qu’il n’y aura jamais de toute façon un Gabonais pour vous répondre. Permettez-nous de vous dire Monsieur l’ambassadeur que vous vous êtes trompé. Cette fois, il faut bien qu’on se mêle de ce qui nous regarde fût-ce au prix d’une convocation par la police militaire du Gabon. Qu’importe les conséquences sur notre liberté, notre intégrité physique et nos misérables vies! En tout cas, il n’eut pas été acceptable pour notre humanité de laisser passer ces deux affronts, de telles humiliations qui nous indignent et nous insupportent sans compter les conséquences qu’ils induiront inévitablement et durablement sur notre avenir.

Monsieur l’Ambassadeur,

Le 28 décembre 2012, dans une interview accordée au site d’informations en ligne ” Gabonreview “, vous aviez cru bon de justifier la dissolution de l’Union nationale et de conseiller à ses leaders de créer un autre parti politique. Vous avez une curieuse conception Monsieur l’ambassadeur de l’Etat de droit, de la liberté et du combat politique! C’est très étonnant ! Savez-vous que les dispositions de la Constitution gabonaise n’évoquent en aucune manière la dissolution d’un parti politique ? Savez-vous par exemple que dans les principes généraux du droit, sauf hypothèse où un groupement a pour objet dans sa constitution et mentionne explicitement l’appel au meurtre ou à la haine de l’autre, on ne dissout pas les partis politiques dans une démocratie ? Savez-vous, Monsieur l’ambassadeur -vous qui appelez les dirigeants de l’Union nationale à changer de nom -, que votre ami Ali Bongo a pris avec une diligence étonnante une ordonnance avec pour unique objet d’empêcher les leaders de l’Union nationale de fonder un autre parti politique?

Comment comprendre cette attitude venant du représentant d’un pays où le ” Ku Klux Klan ” existe depuis 1865 sans que -liberté oblige – il n’ait jamais été question de le dissoudre ? Aussi détestable que soit son seul objet, qui se résume en la destruction des minorités ethniques, aussi horrifiants que soient ses appels à assassiner le président américain lui-même, cette organisation continue d’exister dans le pays d’où vous venez, au nom des principes sacrés de liberté d’association et d’opinion. Comment pouvez-vous justifier et soutenir la dissolution d’un parti politique qui au demeurant n’a jamais posé ni d’acte de violence, ni prôné la violence, ni même avoir dans ses buts et ses statuts la violence comme instrument d’accès au pouvoir ? Comment le ressortissant et représentant à un niveau si élevé d’un Etat qui met dans le Préambule de sa constitution que: ” Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes: tous les hommes sont créés égaux; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ” peut-il s’accommoder de telles situations ? Comment le représentant d’un pays qui est tellement convaincu qu’il incarne un destin profondément universel, un pays qui proclame que la cause de l’humanité est sa cause qui dit que sa terre est l’asile de tous les persécutés de la liberté peut-il si allègrement rester insensible à la dissolution du plus grand parti de l’opposition dans un pays où il est accrédité? Comment le représentant d’un pays qui fait des guerres au nom de la défense de la démocratie, de la liberté et des droits humains dans le Monde peut-il être à ce point contre des citoyens non-violents et sans armes qui justement revendiquent leurs droits légitimes à vivre dans une démocratie, dans un Etat de droit et de rechercher leur propre bonheur?

Monsieur l’ambassadeur, manifestement, la seule chose que vous proposez à l’opposition gabonaise, c’est l’injonction de tendre l’autre joue au Pouvoir pour se faire gifler encore plus fort. Vous lui suggérez d’arrêter de penser et de cesser de perturber la vie somptuaire et de nabab que mène votre meilleur ami Ali Bongo au grand dam de notre Peuple.

Cet embrigadement et cette allégeance de l’opposition au Pouvoir que vous souhaitez tous azimuts correspondent-ils à l’idée que vous vous faites de la démocratie ? Sont-ce là les enseignements que vous avez reçus dans le cadre de votre formation en Histoire des Institutions et de l’Idéologie politique à l’Université de l’Oregon ? Cela correspond-il à votre foi d’Homme de Dieu, attaché à la vérité ?

Monsieur l’ambassadeur,

Vos navrantes déclarations sur le fait que le Gabon est une démocratie où les droits de l’Homme sont parfaitement respectés sont une insulte à l’intelligence ou au moins, au bon sens du Peuple gabonais. Et même la France qui de notoriété publique nomme nos chefs d’Etat ici au Gabon et se porte garante de leur longévité au pouvoir et de leurs dérives, son ambassadeur en poste dans notre pays, s’interdit de manifester un tel parti pris ostensible en faveur de la dictature sous le joug de laquelle nous ployons ici au Gabon.

Peut-on accepter aux Etats-Unis que la moindre manifestation publique que souhaiterait organiser le Parti Républicain soit soumise à l’appréciation discrétionnaire d’un fonctionnaire de l’administration Obama et, qui plus est, partisan zélé du Parti Démocrate ? Peut-on accepter aux Etats-Unis que le Président Obama désigne comme Président de la Cour Suprême fédérale – qui équivaut à notre Cour constitutionnelle-, un membre de sa famille qui serait ensuite juge des élections auxquelles le Président Obama et son parti se présentent ? Inutile que vous répondiez à ces questions purement rhétoriques. Nous savons que vos réponses seront négatives. Et bien, figurez-vous, Excellence, que nous non plus ne supportons pas cette situation ! Nous aussi sommes des êtres de chair et de sang. Ce que vos concitoyens Américains tiennent pour intolérable l’est aussi pour nous ! Que l’indignation et la nausée que de telles situations provoqueraient dans votre pays soient égales à notre indignation et notre nausée ! Que nous aussi nous aimerions éprouver l’émotion et la fierté d’avoir enfin un Président qui a été choisi par une majorité de Gabonais ! Que nous aussi nous aimerions avoir la possibilité de demander des comptes à nos dirigeants et de les sanctionner électoralement si besoin est.

Comme si cela ne suffisait – et c’est le piétinement de trop – vous avez cru bon d’annuler sans autre forme de procès le voyage de Me Oyane Ondo qui devait participer à un programme du Département d’Etat de votre pays dans la catégorie: ” Femmes leader politique ” !

Vous alléguez, Monsieur l’ambassadeur, pour justifier de l’annulation de ce séjour, ce que Me Oyane Ondo n’avait par ailleurs pas sollicité, une politisation excessive de la Presse de cet événement. Politisation de l’information par la presse dites-vous ? Vraiment ? Les Etats-Unis d’Amérique conduiraient-ils leur diplomatie au gré des informations et des interprétations de la Presse locale du Gabon ? Nous sommes étonnés de savoir l’Amérique – première puissance diplomatique, militaire et plus grande démocratie – soit si fragile !

Un pays dont la diplomatie vacille et varie au gré des commentaires faits dans la Presse gabonaise ! Pouvez-vous nous dire exactement ce qu’il en est ? La vérité libère, elle apaise, elle rassemble. Et nous sommes capables de supporter la vérité !

Quoi qu’il en soit Monsieur l’ambassadeur, votre tentative d’argumentation peu convaincante pour expliquer les raisons de l’annulation de ce séjour est aussi une insulte à l’intelligence des Gabonais ; nous ne sommes pas à ce point des simplets ! Pourquoi ce tissu d’inexactitudes, pour ne pas dire de mensonges ?

À notre connaissance, Me Oyane Ondo ne dirige pas une ONG qui s’occupe des orphelins du Sida. Elle ne dirige pas non plus la Coopérative des femmes productrices du manioc d’Agnisock (que nous respectons et apprécions par ailleurs). Mais elle est bien fondatrice d’une ONG dont l’objet est précisément de défendre les droits de l’Homme et de promouvoir la démocratie ! Que peut-il y avoir de plus politique qu’une telle mission dans la mesure où c’est précisément la puissance publique qui viole l’essentiel des droits de l’Homme au Gabon et que c’est encore elle qui s’illustre dans le refus de la démocratie ? Excellence, si ce n’est de politique, de quoi Me Oyane Ondo aurait-elle bien pu parler au cours de ce périple ?

Excellence Monsieur l’ambassadeur,

Nous aimons l’Amérique. Nous aimons une partie de son histoire dans son combat pour se défaire de la colonisation anglaise. Nous avons une admiration infinie pour les grands hommes qui ont fait son histoire : Thomas Jefferson, Georges Washington, Abraham Lincoln, Franklin Delano Roosevelt, Martin Luther King, Rosa Parks, etc. Nous sommes impressionnés par la volonté de l’Amérique à préserver et à défendre à tout prix la liberté, même dans les épreuves les plus douloureuses ! Nous adorons, à l’instar de beaucoup de jeunes africains, sa culture qui nous inspire tant. Nous sommes fascinés par son génie créateur et sa capacité d’innovation. Nous nous enthousiasmons pour l’incroyable vitalité de sa grande démocratie et son système politique équilibré ayant traversé des siècles sans prendre une ride. Hélas !, que votre attitude soit contraire aux grands idéaux proclamés par cette Amérique-là nous consterne ! Car en agissant comme vous le faites depuis votre arrivée au Gabon, vous obstruez les espoirs de démocratie du Peuple gabonais ; vous étouffez la volonté de liberté des Gabonais à écrire leur histoire et le droit de choisir leur destin ; vous piétinez nos droits humains ; vous cultivez la frustration ; vous voulez nous inciter – à notre corps défendant – à détester l’Amérique et à lui vouer une haine qui n’est pas inscrite, comme dans certaines parties du monde, dans nos tréfonds.

Excellence, vous avez pris trop d’eau, votre passif commence à devenir un problème pour que vous continuiez à officier ici au Gabon avec crédibilité et pertinence ! Il faut savoir ” quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent “, dit une sagesse populaire. Certes votre légitimité vient de ceux qui vous ont nommé. Mais objectivement et en toute bonne foi, quel rôle pourriez-vous continuer à jouer dans notre pays si vos seuls interlocuteurs sont vos amis de la présidence?

Que vous reste-t-il encore comme marge de manœuvre si les autres acteurs politiques de l’autre camp et la société civile ne vous accordent plus le minimum d’estime et la confiance nécessaires à la mission qui est la vôtre ?

Vous brouillez volontairement, Monsieur l’ambassadeur, l’image et le discours de l’Amérique au Gabon. Par conséquent, nous demandons au Président Obama de décréter votre remplacement. Et souhaitons à la suite de votre départ un ambassadeur qui ne rapetissera pas son pays, qui n’oubliera pas la mission de l’Amérique dans le Monde ainsi que le rêve qu’elle suscite dans nos contrées y compris les plus reculées.

Nous imaginons évidemment le sarcasme que cette prétention va susciter chez vous. Mais laissez-nous vous dire que chaque semaine, nous ferons parvenir une lettre à la Maison blanche et au Département d’Etat à ce sujet jusqu’à ce que vous soyez relevés définitivement de vos fonctions au Gabon. Car votre mépris à l’égard des Gabonais qui auraient la malchance et la mauvaise idée d’être des contradicteurs de vos amis du Pouvoir gabonais est trop patent et insupportable !

Par la suite, rien ne vous interdit de revenir, à titre personnel, dans notre pays dont vous semblez tant apprécier l’hospitalité.

Vous remerciant d’avance de la suite positive et urgente que vous voudrez bien donner à cette invitation sincère et franche à quitter par vous-même le Gabon, nous vous prions, Excellence Monsieur l’ambassadeur, de bien vouloir trouver par ailleurs, les assurances de notre considération distinguée.

Pour le comité Désiré ENAME,

Journaliste, défenseur des Droits de l’Homme

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