#Gabon: Lettre ouverte de la Société civile au Président de la République française, François Hollande

Lettre Ouverte  de la Société Civile Gabonaise

A

Monsieur François HOLLANDE, Président de la République Française

 

Palais de l’Elysée

55, rue du faubourg Saint-Honoré

75008  Paris

 

Excellence, Monsieur le Président de la République Française,

Votre élection à la présidence française a été largement saluée et célébrée par les populations africaines en général et gabonaises en particulier. A travers cet évènement exceptionnel, nous fondons l’espoir d’un nouveau partenariat entre notre pays le Gabon et l’Etat Français après 52 ans d’indépendance, marquées par des relations occultes caractérisées, par une mainmise de certains dirigeants de l ‘état français sur les instruments essentiels de la gouvernance au Gabon.

I-Votre engagement en faveur de la démocratie

 Durant la campagne présidentielle qui vous a fait élire à plus haute fonction de l’état, vous vous êtes solennellement engagé à promouvoir et à défendre la démocratie. Vous avez publiquement clamé haut et fort votre opposition aux   régimes dictatoriaux qui oppriment leurs peuples, qui se maintiennent par la fraude et les élections truquées contre la volonté exprimée par la population. Et donc,  Monsieur le Président, vous avez promis être aux côtés des opprimés, de soutenir la société civile et les oppositions démocratiques partout où la démocratie était menacée, et c’est le cas au Gabon où elle est à l’agonie !

II- La confiscation de la démocratie

Monsieur le Président,

Si la démocratie a conduit un fils d’immigrés hongrois au pouvoir en France, c’est grâce au sens que la république donne à ses institutions.

Pour vous rappeler à quel point ce désir est une attente vitale pour le peuple gabonais, et d’ailleurs les gabonais de France avaient adressé le 12 aout 2011 un anathème à François Fillon alors Premier Ministre lors de sa dernière visite au Gabon, une visite qui était une insulte envers les gabonais qui souffrent de privation de leurs droits fondamentaux et de leur bien être.

En effet, depuis 44 ans notre pays est confronté à un système politique archaïque  et verrouillé par un clan d’incompétents et de profiteurs qui rendent impossible  toute alternance démocratique  par les urnes.

Ce système a toujours opéré par des moyens frauduleux, des élections truquées, les résultats des consultations électorales sont connus d’avance, la liste électorale tenue par une administration partisane pour ne pas dire familiale aux ordres et au profit du Parti Démocratique Gabonais (PDG), un parti-Etat, au pouvoir depuis 44 ans, un des derniers vestiges du monolithisme politique en Afrique, et dont la politique est responsable de la faillite et de la ruine d’un pays aux potentialités énormes et reconnues.

Dans ce contexte, et suite aux mots d’ordre de la société civile et de l’opposition, les élections législatives du 17 décembre 2011, se sont déroulées dans l’indifférence générale car boycottées par plus de  90 % de la population gabonaise qui ont refusé d’aller voter et de cautionner une parodie d’élection fomentée par le parti-état PDG dont l’héritier est Ali Ben Bongo après 42 ans du règne de son père. Les centres de vote dans tout le pays étaient occupés par les forces armées sous la supervision exclusive des représentants du parti-état, le PDG. Sur les 120 sièges de députés que compte l’Assemblée nationale gabonaise, 116 députés sont d’emblée réquisitionnés par le parti totalitaire, le PDG, et les 4 autres sièges sont partagés entre 4 autres partis dont deux partis de la majorité républicaine, c’est-à-dire inféodés au part-état PDG, et deux partis minoritaires et dissident de l’opposition.

Cette élection, Monsieur le Président de la République Française, est révélatrice d’un recule démocratique sans précédent  au Gabon avec une assemblée Nationale d’une époque révolue parce que composée à 99% des représentants d’un seul parti, le parti au pouvoir depuis près de 44 ans. Elle traduit davantage le refus catégorique par le Gouvernement d’Ali BONGO d’adopter les standards internationaux de transparence électorale qui pourrait assurer la fiabilité du vote et la légitimité du peuple souverain dans un état démocratique. Dans le même esprit de dédain envers le peuple,  le Gouvernement d’Ali BONGO s’est engagé à introduire la biométrie aux élections locales et sénatoriales de 2013. Cette supercherie est d’autant inique qu’à ce jour,  nous constatons une totale opacité et un manque de transparence du Gouvernement qui n’associe aucune autre expertise neutre et encore moins celle de l’opposition et de la société civile dans la mise en place de ce protocole.

Le choix de la compagnie GEMALTO Chargée de mettre en œuvre le dispositif biométrique s’est opéré dans l’illégalité la plus totale et en violation de la loi sur les marchés publics qui notifie qu’une telle procédure doit recourir à un appel d’offre international ouvert.

Nous constatons dans cette opération illicite, une volonté frauduleuse, un acte de corruption aggravée et de surfacturation à l’encontre de l’Etat Gabonais menée en complicité avec une société française.   A toutes fins utiles au Cameroun, un pays de 22 millions d’habitants, l’introduction de la biométrie dans le processus électoral et l’état civil à partir d’un appel d’offre international est revenue à 7.5 milliards de FCFA. Au Gabon, pays de 1.5 million d’habitants, sans appel d’offre on parle d’un coût global de 14 milliards de FCFA pour réaliser la même technologie. On n’a pas besoin d’être un expert comptable pour se poser la question de l’incohérence en comparaison de cette opération !

Compte tenu de l’implication d’une société française dans une affaire aussi douteuse, la société civile gabonaise exige que  le Gouvernement  Français puisse diligenter une enquête judiciaire afin de cerner les contours de ce scandale absolument préjudiciable.

III- Les reformes anti-démocratiques :

Depuis l’usurpation du pouvoir par Monsieur Ali BONGO fils d’Omar BONGO en 2009, ce dernier s’est illustré par un exercice solitaire du pouvoir dont les caractéristiques sont :

La reforme de la Constitution de 2010 qui a vidé la Loi Fondamentale de toute sa subsistance et qui a permis au Chef de l’Exécutif de s’arroger tous les pouvoirs, d’exercer une hyper prépondérance sur les autres institutions constitutionnelles au point qu’il détient à lui seul la capacité de nomination des membres desdites institutions.

Par ailleurs, cette reforme n’offre aucune possibilité d’alternance et de limitation du mandat présidentiel, rappelant sans étonnement le type de gouvernance de son feu père pendant 42 ans sans partage ni alternance. Elle assure encore moins l’indépendance de la justice et le contrôle démocratique des forces de défense de sécurité. A cet effet, le Président de la République, sans passer par le Parlement peut décréter, l’état de siège ou l’état d’urgence dès lors qu’il veut bâillonner toute volonté d’exprimer ou de revendiquer un moindre droit fondamental.

Assurément, la Constitution actuelle du Gabon a été imposée au peuple en violation des principes et des objectifs de la Charte Africaine de la Démocratie, des élections et de la Gouvernance dont le Gabon était signataire le 02 février 2010 et du Pacte International sur les Droits Civils et Politiques ratifié par le Gabon en 1983. Le pouvoir des BONGO au Gabon, et ce, depuis plus de 44 ans a souvent fait entorse à toute forme de mécanisme de fonctionnement qui tenterait de rendre aux institutions leur force garante de l’état de droit et de la démocratie.

IV- L’instauration d’un régime répressif

Outre cette reforme anti démocratique, Ali BONGO se distingue négativement par l’instauration d’un régime de terreur, des violations des droits de l’Homme et des libertés fondamentales à savoir :

  • La destruction des millions de logements des populations économiquement faibles à Libreville depuis le mois de décembre 2011 ;
  • L’accaparement des terres des populations en zones rurales et la destruction programmée de plusieurs centaines de milliers d’hectares de forets vierges au profit des industriels asiatiques dont la tristement célèbre société Singapourienne OLAM en vue de la création des plantations d’hévéa, en violation des propres engagements internationaux du Gabon en matière de préservation de l’environnement ;
  • La torture, des arrestations arbitraires et les traitements dégradants dans les lieux de détention et les centres pénitenciers de tout le pays ;
  • La répression policière brutale, violente et permanente contre les mouvements des étudiants ;
  • La restriction de la liberté d’expression marquée de nombreuses interdictions des organes de presse qui critiquent le régime comme Echos du Nord, EZOMBOLO, TV+. Certains journalistes sont victimes de poursuites judiciaires intentées sur des éléments montés de toute pièce, c’est le cas de M. Désiré ENAME qui a dû s’exiler et se refugier au Cameroun ;
  • La restriction de l’action des organisations de la société civile et des syndicats libres qui voient constamment leurs activités entravées par le Gouvernement : des Syndicalistes ont vu leurs salaires suspendus en 2011 pour avoir revendiqué des meilleurs conditions de travail ;
  • L’interdiction d’un parti politique de l’opposition et d’envergure nationale, l’Union Nationale, pour avoir légitimement contesté avec véhémence l’élection 2009 d’Ali BONGO ainsi que des poursuites judiciaires arbitraires contre de nombreux cadres et sympathisants de ce parti.

 

V -Votre engagement contre la Françafrique

 Lors de votre tête à tête avec Nicolas Sarkozy, et lors de votre premier discours au peuple français en tant que candidat élu, trois valeurs nous ont marqué : justice, jeunesse et respect du droit.

Alors Monsieur le Président, comment expliqueriez-vous les rapports qui, inévitablement, s’établiront entre vos institutions démocratiques et celles d’un pays où les dirigeants n’ont pas votre légitimité ?

Pour que les valeurs que vous défendez, la force des institutions et la liberté des citoyens, aient un sens, ne faut-il pas d’abord que ceux qui prétendent les promouvoir, les dirigeants, soient crédibles en montrant l’exemplarité tel que vous le rétorquiez à votre adversaire lors du débat ?

Or vu le contentieux que le régime gabonais a vis à vis des institutions de son pays et du peuple gabonais, qu’est-ce qui pourrait justifier votre tendresse à une telle ignominie que celle de la dictature des Bongo au Gabon ?

Le régime des Bongo de père en fils a utilisé tous les chefs d’état français élus avant vous pour se disculper de ses crimes et éponger ses dettes morales, politiques, institutionnelles et sociales, et du coup ils (les dirigeants français) sont tous présumés ou établis coupables ou complices de la situation plus que pathétique du Gabon.

Connaissant votre moralité exemplaire, Monsieur le président, alliez-vous allonger la liste noire avec votre nom dans ce registre inhumain des dirigeants français qui protègent les dictatures en Afrique ?

Vous vous êtes donc engagé à mettre fin à la Françafrique, ce système de relations occultes, de corruption, de mallettes qui permet à certains dirigeants de la France de continuer à assurer le contrôle de ses anciennes colonies, de maintenir et d’installer au pouvoir des régimes incompétents et dictatoriaux sous sa bienveillante protection.

Oui, Monsieur le Président de la République Française, il faut éradiquer cette nébuleuse immédiatement, les peuples africains attendent de vous un signal fort, des actes de rupture irréversibles. Sur cet aspect, vous deviez résolument refusé de cautionner les changements anticonstitutionnels, marqués par des manipulations des lois fondamentales au profit des dictateurs africains,  les présidences à vie, tout comme les successions héréditaires d’actualité au Gabon à cause des falsifications de la constitution et du code électoral qui font le lit d’élections tronquées et qui programment à l’avance la victoire de celui que le peuple désavoue, à l’occurrence M. Ali BONGO.

La France doit défendre et promouvoir ses valeurs cardinales dans le reste du monde, et la démocratie en est une pour la voir s’instaurer enfin au Gabon.

Le discours de la France ne doit pas varier. Les mêmes exigences qui s’imposent à la Syrie doivent avoir une cohérence en se répercutant au régime d’Ali BONGO qui, bien avant celui de Syrie, voyait déjà son père Omar BONGO régné depuis 42 ans en s’opposant à l’instauration de l’état de droit et aux Droits inaliénables.

Si le changement tant attendu s’est opéré démocratiquement en France et tel que nous, africains francophiles, le souhaitions, c’est parce que la roue de l’histoire ne s’arrête pas. Le champ de lutte pour les libertés se déploie progressivement dans le reste du monde, l’heure du changement et du renouveau doit être autant pour la politique pleine de paradoxes que la France mène en Afrique et au Gabon en particulier.

VI- Le soutien à la société civile et aux forces démocratiques

Monsieur le Président de la République Française, la société civile Gabonaise souhaite l’établissement d’une nouvelle alliance avec le Gabon basée sur un partenariat stratégique mutuellement profitable entre nos deux peuples liés par une histoire ancienne de deux siècles. Cette collaboration que nous voulons renforcée pour être efficace doit prendre en compte nécessairement les impératifs de la démocratie, les libertés publiques, les droits de l’Homme, la transparence en un mot la bonne gouvernance.

Vous vous êtes engagé à soutenir et à appuyer le travail de la société civile, nous souhaitons vivement que la France soit plus attentive et plus active dans son soutien à l’action du Mouvement « CA SUFFIT COMME CA » dont le rôle de contre pouvoir est vital à la démocratie au Gabon face à un pouvoir oligarchique, corrompu et autoritaire.

 

VII- La lutte contre les biens mal acquis

 Monsieur le Président de la République Française la lutte contre la corruption notamment la criminalité financière internationale figure au premier rang de vos préoccupations, nous souhaitons voir la France,  sous votre autorité,  agir avec vigueur et rigueur contre les Biens Mal  à Acquis par les chefs d’Etat Africains au détriment du développement des infrastructures fondamentales dans  leurs pays avec la complicité de certaines banques Françaises. La France ne doit accorder aucune protection aux criminels financiers africains et  aux membres de leurs familles qui détiennent des avoirs volés dans les banques Françaises. A ce titre, les procédures judiciaires avenirs et en cours doivent aller à leur terme en toute indépendance.

Comme nous l’avons souligné lors du passage de l’ancien Premier Ministre français, François FILLON au Gabon, à la fin de l’année dernière,  le Gabon est dans état de délabrement généralisé des infrastructures primordiaux (routes, écoles, hôpitaux, habitat).

L’administration de l’Etat est minée par la corruption. Les marchés de l’Etat sont donnés aux membres de la famille présidentielle, aux partisans du régime et à des entrepreneurs de moralité douteuse.

En dépit de ce qui précède, la France ne doit plus hésiter et se compromettre  avec un régime corrompu, c’est pourquoi,  le choix de la France doit être sans équivoque.

Si donc, l’intelligence est encore un caractère qui permet à l’être humain de prévenir la violence en anticipant sur d’autres solutions, alors nous pourrons épargner cet épisode au peuple gabonais.

C’est là, Monsieur le Président, l’urgence à traiter au Gabon, et non la notion creuse de co-développement souvent énoncée sur le ton du « politiquement correct » par votre prédécesseur au lendemain de sa prise de fonction en 2007. Il faut plutôt au Gabon des institutions fortes que des accords de défense cyniques avec la France.

Nous pensons que nos deux pays auront mieux à gagner si les intelligences de part et d’autre s’affranchissaient d’une part des fantasmes du néocolonialisme, et d’autre part du syndrome de victimisation ou de l’africain qui renvoie toute responsabilité à la France.

En espérant que cet appel trouvera enfin une oreille, nous vous souhaitons de tout cœur, Monsieur le Président, un bon quinquennat qui verra la France retrouver sa dignité en tant que pays des valeurs nobles, les droits de l’homme, et cohérent avec sa conception de la démocratie et de l’état de droit au-delà de ses frontières.

Bonne chance Monsieur le Président, et que vive la France dans ses nouvelles projections des rapports Franco-gabonais !

Fait Libreville, le 04 juin 2012

 

Pour la Société Civile Gabonaise:

 

Georges MPAGA, Président du Conseil d’Administration du Réseau des Organisations Libres de la Société Civile pour la Bonne Gouvernance au Gabon (ROLBG),  premier porte parole du Mouvement  ça Suffit Comme ça (241) 07 51 99 32 : gmpaga@yahoo.fr

Marc ONA ESSANGUI, Président de Brainforest, Coordonnateur Nationale de Coalition Internationale Publiez Ce Que Vous Payez (241) 07 29 41 40 : ona_essangui@yahoo.com

Dieudonné MINLAMA MINTOGO, Président de l’Observatoire National de la Démocratie, deuxième porte  parole du Mouvement  ça Suffit Comme ça : (241) 07948719  minlamadd@yahoo.fr

Alain MOUPOPA, Président d’Afrique Horizons ONG des Droits de l’Homme :afrique.horizons@gmail.com, moupopa.alain@gmail.com  (241) 06 12 93 78

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