#Gabon: Ntoutoume Ngoua critique sévèrement le régime en place


Point de presse

de Monsieur Jean Ntoutoume Ngoua

ancien candidat à l’élection présidentielle du 30 août 2009

Libreville, le 21 mai 2012

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Mesdames et messieurs,

Avant de rentrer dans le vif du sujet, permettez-moi de vous dire tout d’abord que sur un registre tout à fait personnel, il n’est pas inutile de rappeler ici que c’est en 1923 que ma famille s’était engagée en politique aux côtés de Feu le Président Léon Mba.

Cet engagement s’est de plus en plus raffermit en 1948, deux ans après le retour d’exil en Oubangui-Chari de ce dernier.

Pour l’histoire du Gabon, retenez que c’est un membre de ma famille, en l’occurrence Feu Son Excellence Joseph Ngoua, premier Secrétaire particulier du Premier ministre Léon Mba et premier Représentant du Gabon à l’ONU et aux Etats-Unis d’Amérique, qui a conçu la devise de la République, à savoir : Union – Travail – Justice.

Démocrate et républicain, c’est ce même Joseph Ngoua, en sa qualité de Secrétaire Général du Bloc Démocratique Gabonais (BDG), qui a sauvé politiquement le régime de Feu le Président Léon Mba au sortir du coup d’Etat du 18 février 1964, en se présentant en lieu et place de celui-ci lors des élections législatives du 12 avril 1964.

Tout ceci pour dire que le combat de votre humble et fidèle serviteur repose sur le respect des valeurs morales, républicaines et démocratiques.

 

Mesdames et messieurs,

Le Gabon notre cher et beau pays se trouve depuis plusieurs années englué dans une crise politique, économique, sociale et culturelle, n’en déplaise aux sourds et aux aveugles qui ne veulent ni entendre ni voir sa situation réelle.

Cette crise qui trouve son origine dans la gestion patrimoniale, clanique et partisane de Feu Omar Bongo Ondimba qui a dirigé le pays sans partage et sans souci du respect du droit et de l’équité pendant près de 43 ans, a pris une autre ampleur depuis la désignation et le placement à la tête du Gabon de son fils Ali Ben Bongo Ondimba, grâce à la complicité de personnalités gabonaises et étrangères viscéralement attachés à la défense et à la préservation d’intérêts personnels, suite à l’élection présidentielle du 30 août 2009.

Une élection, faut-il  le rappeler, organisée et proclamée là aussi sans le moindre souci du respect de la loi, singulièrement celle qui concerne la matière électorale.

Malgré la dérive tribaliste ou sectaire prise à certains moments de la campagne électorale, le peuple gabonais a clairement manifesté son rejet de la candidature d’Ali Ben Bongo Ondimba puisqu’il a majoritairement voté contre sa personne.

Ancien candidat à cette élection du 30 août 2009 avant de rallier la candidature d’André Mba Obame, je persiste et signe pour dire qu’Ali Ben Bongo Ondimba n’est pas le véritable vainqueur de cette consultation électorale ! Les preuves de cette affirmation sont connues du monde entier ! N’en déplaise encore une fois à certains qui veulent nous faire croire qu’il est anachronique d’évoquer l’illégalité d’une élection qui est déjà passée.

S’agissant encore une fois du pseudo anachronisme, je voudrais prendre l’exemple des Etats-Unis d’Amérique où le richissime Donald Trump tentait de remettre en cause l’élection de Barak Obama après deux ans d’exercice du pouvoir de ce dernier, en mettant en doute son lieu de naissance. Ce qui obligea le président en exercice de prouver qu’il était bien né sur le sol américain en exhibant son extrait de naissance. Si Obama avait été dans l’incapacité de prouver qu’il était bien né sur le sol américain, il aurait quitté la présidence des Etats-Unis malgré ses deux ans d’exercice du pouvoir. C’est vous dire, chers compatriotes, qu’il n’y a pas de prescription pour ce genre de crimes.

Ici comme ailleurs, on ne peut constamment nous faire le reproche de continuer de dénoncer les graves irrégularités qui ont émaillé l’élection présidentielle d’août 2009, à l’exemple de l’acte de naissance non-conforme, voire frauduleux qui a été présenté par le candidat du PDG.

Je voudrais dire ici haut et fort que si vous construisez une maison en trichant sur le dosage du béton et du fer dans les fondations, vous aurez immanquablement un édifice qui s’écroulera. On ne construit rien de solide sur le faux et le mensonge !

Moi je suis gabonais et à ce titre, je vous montre l’extrait que voici de mon acte de naissance établi avant l’indépendance par les autorités de l’Afrique Equatoriale Française en 1945. Est-ce faire injure que de dénoncer ceux des candidats qui n’ont pas fait de même ? Est-ce faire injure que de demander l’application de la loi ?

Encore une fois, chers compatriotes, rien ne se construit sur le faux et le mensonge.

Mesdames et messieurs,

Lorsque l’on dit que le pays va mal, ce n’est pas par plaisir, car nous en sommes tous, à des degrés divers, des victimes et certainement les principaux responsables. Lénine disait que : « les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent ».

Dans les yeux, je vous le demande, chers compatriotes, avons-nous les dirigeants que nous méritons, quand en 2012 nombreux parmi eux présentent des curriculum-vitae truffés de mensonges où ils disent être ce qu’ils ne sont pas.

Croyez-vous vraiment que des compatriotes qui se comportent comme cela puissent faire des efforts pour le bien-être du plus grand nombre alors qu’ils n’ont pas fait d’effort pour se réaliser dans leur propre vie, sauf à bénéficier de passe-droits, de courtes échelles et de toutes sortes de faveurs liées à leur appartenance à des réseaux obscures et démoniaques ?

Le Gabon a un corps et une âme. Son corps s’identifie par le périmètre de son territoire et son âme est représentée par son peuple.

Comment comprendre que 52 ans après son accession à la souveraineté internationale, l’un des Etats les plus nantis en ressources naturelles d’Afrique ne soit pas à même de pouvoir offrir à ses enfants tous les moyens nécessaires pouvant leur assurer un bien meilleur épanouissement ?

Les gabonais n’ont pas accès à un procès équitable car la justice se trouve entre les mains d’une famille, d’un clan et de ses partisans.

Les gabonais n’ont pas droit à une éducation et à une formation de qualité. Pour s’en convaincre il suffit d’observer l’ampleur des crises à répétition liées à ces secteurs.

Les gabonais n’ont pas droit à une alimentation de qualité, certains d’entre eux n’ayant recours qu’à la décharge publique.

Les gabonais n’ont pas droit à un logement décent. Il est d’ailleurs aisé de constater que certains d’entre eux se trouvent illégitimement dépossédés du peu qu’ils ont eu.

Les gabonais n’ont pas droit à un emploi répondant à leurs qualifications intellectuelles et professionnelles susceptibles de pouvoir leur permettre de contribuer efficacement à la construction de leur pays.

Les gabonais n’ont pas droit à des soins de santé de qualité pouvant leur offrir une espérance de vie meilleure.

 

Mesdames et messieurs,

S’agissant particulièrement du logement, comment comprendre que contrairement aux 5.000 logements par an promis par Ali Ben Bongo Ondimba, on assiste plutôt aux déguerpissements illégaux et par la force de nombreux compatriotes, jusqu’aux paisibles citoyens d’Essassa que l’on veut déloger à tout prix de leur terroir au mépris des droits élémentaires de l’Homme, mais au bénéfice des forces de l’argent par la spéculation foncière alors qu’il existe de nombreux espaces libres qui pourraient être aménagés à la hauteur des ambitions de ceux qui nous gouvernent à l’exemple de Ouaga 2000 au Burkina-Faso, de Malabo 2 et de Bata 2 en Guinée-Equatoriale et ailleurs. Toutes choses correspondant au principe de la vieille ville et de la ville nouvelle, au lieu de s’entêter dans la voie de la destruction du patrimoine durement acquis par des paisibles gabonais.

Il en est de même, dans ce sens, du projet opaque de Nyoniè sur la rive gauche de l’Estuaire où les villageois et leurs sépultures doivent céder la place aux forces de l’argent. Voila comment après avoir appauvrit les gabonais, on leur prend le peu qu’il leur reste pour l’offrir à grand prix à des spéculateurs étrangers auxquels s’associent bon nombre de nos dirigeants sans scrupules. Voila le vrai visage de “l’Avenir en confiance“.

Tout ceci pour dire qu’il n’y a que cette infime minorité évaluée à moins de 1% de la population gabonaise et inféodée au régime autocratique actuel qui bénéficie de tous les avantages tirés des richesses du pays.

Quant à l’emploi, il est inadmissible de constater que le pouvoir en place s’évertue systématiquement à exclure des gabonais de l’accès à certains emplois  pour imposer des étrangers en violation flagrante du Code du travail. Cette attitude se prolonge même au niveau des emplois sensibles de souveraineté au plus haut niveau de l’Etat.

Cette propension à tout banaliser va jusqu’à l’offre et le commerce de la nationalité gabonaise à tout vent.

 

Mesdames et messieurs,

Sur un tout autre plan, que dire de ce nouveau mépris d’Ali Ben Bongo Ondimba pour la loi lorsque, voulant justifier la création d’agences à la Présidence de la République alors qu’elles sont des administrations techniques et de gestion, convoque l’Administration que la Constitution a pourtant expressément placée sous l’autorité du Gouvernement. Et on trouve des compatriotes qui disent qu’une telle convocation n’est pas interdite. Ont-ils vraiment lu la Constitution dont le texte et l’esprit font corps ? Si l’Administration a été placée sous l’autorité du Gouvernement, c’est de celui-ci qu’elle reçoit des ordres et c’est à lui qu’elle rend des comptes en raison de sa responsabilité devant le Parlement.

Quelle incohérence que de vouloir justifier un rattachement à la Présidence de la République couplé à une tutelle technique des ministères !

Dans notre système constitutionnel, dans notre système juridique, la Présidence de la République n’est pas une administration de gestion. Le Président de la République agit à travers son Gouvernement. L’Opposition gabonaise à plusieurs fois indiqué que la Direction des Grands Travaux est logée à la Présidence de la République Ivoirienne parce que la constitution de ce pays dispose expressément que le Président de la République est le Chef de l’Administration.

Je voudrais saluer ici l’action du Président Macky Sall du Sénégal qui, dans ses toutes premières décisions, a supprimé les agences rattachées à la Présidence de la République.

Qu’Ali Ben Bongo Ondimba recherche l’efficacité de l’Administration, cela se comprend. Mais cela ne peut se faire au mépris de notre loi fondamentale dont il est de fait le garant.

En vérité et n’en déplaise, les agences rattachées à la Présidence de la République sont une violation pure et simple de la Constitution gabonaise qui permet aux cercles de la Présidence de la République de se servir, profitant de leur gestion nébuleuse et opaque qui n’ont de comptes à rendre qu’à Ali Ben Bongo Ondimba.

Nous connaissons les hommes, ce qu’ils étaient hier et ce qu’ils sont devenus aujourd’hui dans un laps de temps assez court. Dire que les ministres détournaient l’argent des projets par le passé suffit-il à justifier l’alourdissement de l’Administration par un palier supplémentaire alors qu’il suffirait simplement de sanctionner tel ministre ou tel fonctionnaire indélicat, ou alors qu’Ali Ben Bongo Ondimba opte clairement pour un régime présidentiel. Mais là aussi, quelle légitimité pour le faire ?

 

Mesdames et messieurs,

Le moment est venu pour que les gabonais du Sud, du Nord, de l’Est, de l’Ouest et du Centre se mobilisent pour pouvoir offrir à leur pays le plus beau cadeau dont il a besoin et qui n’est autre que celui de l’unité nationale.

L’ethnisme, le tribalisme et le népotisme sont des maux qui doivent être combattus avec force et détermination, car ils entrainent la destruction de la nation. Nous devrions tous y veiller au risque de tomber dans les mêmes travers que les pays qui en ont été victimes.

Au-delà du discours, la responsabilité des dirigeants est de tenir réellement compte de notre diversité tout en privilégiant le mérite. Le regard lucide que nous portons sur notre société montre aujourd’hui encore que le premier responsable du pays fait dans la faveur familiale, clanique et partisane. Dois-je ici citer tel poste à la Présidence de la République, tel poste aux Finances ou à la Défense qui relève d’autres critères que celui de la compétence.

Peut-on continuer de tromper les gabonais en disant que tel poste a été trop longtemps occupé par tel ethnie ou province quand Ali Ben Bongo Ondimba lui-même fait mine de ne pas voir que le fauteuil qu’il occupe est monopolisé par sa famille depuis 45 ans maintenant. Tout chef est soumis à l’obligation d’exemplarité, mais hélas pour le pouvoir illégitime actuel, le changement c’est bon pour les autres, mais pas pour la famille, le clan et ses affidés.

Mesdames et messieurs,

L’ethnisme et le tribalisme sont des plaies principalement exacerbées par les hommes politiques en quête de clientèle pour accéder à de hautes fonctions, mais dès lors qu’ils y sont, reconnaissez avec moi qu’ils ne répondent plus à vos préoccupations quotidiennes, sauf à le faire le temps d’une campagne par des dons.

En réalité, la misère, la pauvreté, la précarité, la maladie, l’analphabétisme ou le chômage vécus par les gabonaises et les gabonais n’ont pas de tribus ou d’ethnies. Les hommes politiques sont appelés à répondre par des politiques publiques appropriées aux besoins des populations. En d’autres termes, la politique n’a rien à voir avec l’ethnie, elle ne vise qu’à répondre au souci de l’intérêt général.

Au demeurant, nous pouvons tous observer que dans nos villes, nos quartiers, nos villages, les populations n’ont pas de problèmes entre elles. Elles vivent en parfaite harmonie et les nombreux mariages interethniques en sont une preuve indiscutable.

Pour ma part, je suis convaincu que le discours de la division n’a pas d’avenir au Gabon. Aucune ethnie à elle seule ne peut gérer le pays dans la stabilité et la paix véritable.

A ce niveau, comme en matière économique, la réalité finit toujours par nous rattraper.

Nous devons tous être vigilants face à tous les discours insidieux, malicieux et malhonnêtes qui visent à la division des gabonais entre eux.

Je dois également ajouter que nous devons respecter les étrangers qui nous apportent leur force de travail et vivent en harmonie avec les gabonais, qui ne sauraient être confondus à une poignée d’opportunistes de tous poils associés à certains de nos compatriotes.

Aimer son pays c’est le vouloir meilleur. C’est l’écouter, le rassembler, le transformer et l’améliorer. C’est assumer son histoire et le regarder avec les yeux grands  ouverts.

Je suis un patriote qui dit C’est assez ! Nous ne devons pas laisser ceux qui menacent nos vies régner en maîtres, quels qu’ils soient. Il n’est pas acceptable de constater qu’au moment où certaines familles peinent à se nourrir, à se loger et à éduquer leurs enfants, d’autres par contre s’évertuent à faire étalage de leurs richesses matérielles et financières obtenues par des moyens débarrassés de tout effort.

Mesdames et messieurs,

L’élection du nouveau président de la France en la personne de Monsieur François Hollande doit nous permettre d’espérer la fin de la “France-Afrique“, mais surtout d’établir de nouveaux rapports basés sur la solidarité et la complémentarité.

Le Gabon a une histoire particulière avec la France. Le Gabon, c’est le Gabon ! Chaque pays a ses hommes et son histoire. Le changement de culture ne s’impose pas du jour au lendemain.

Dans cet ordre d’idée, nous attendons de la France le soutien à nos peuples à plus de justice, de liberté, de démocratie et de droits de l’homme.

Aucun développement fiable et viable ne peut se faire sans le respect de ces valeurs. Exit donc la politique du fait accompli.

Je voudrais  à ce sujet me réjouir ici du communiqué du Parti socialiste français du 22 décembre 2011 qui, émettant les plus grandes réserves sur les élections législatives du 17 décembre 2011 disait, je cite : « depuis l’élection présidentielle de 2009, dont le déroulement et le résultat restent l’objet de vives contestations, la situation politique du pays reste donc tendue, sans que les autorités gabonaises ne semblent être en mesure de trouver des solutions de sortie de crise ».

Il en résulte de cette crise que le Gabon a aujourd’hui deux présidents. N’en déplaise aux thuriféraires du régime actuel ! L’un, qui est André Mba Obame, élu par le peuple gabonais et l’autre, désigné par la Cour Constitutionnelle.

Cette situation nous amène à nous interroger sur la crédibilité de nos cours  et conseils constitutionnels qui adoptent toujours des positions faisant penser à la “Tour de Pise“ qui ne penche que d’un seul côté, celui du pouvoir.

Pour toute réponse à ce communiqué cité ci-dessus, les autorités gabonaises, à travers le PDG, n’ont eu que l’insulte et l’invective contre ceux qui dirigent aujourd’hui la France.

Cela dit, c’est d’abord à nous qu’il appartient de dire non à l’arbitraire, à la démagogie, à la spoliation de nos biens et à la division. En un mot, au mépris des dirigeants sans scrupules.

C’est la raison pour laquelle je lance aujourd’hui un appel solennel à tous les patriotes pour une mobilisation et une résistance permanentes par tous les moyens démocratiques afin de faire échec au pouvoir illégitime actuel et à son système injuste et inique dans la gestion des affaires de notre pays.

Mesdames et messieurs,

Enfin, permettez-moi encore une fois de vous rappeler que c’est la sagesse qui conduit et qui gouverne les Nations. Cette sagesse repose sur la justice et l’expérience.

La République gabonaise est dédiée aux femmes. Ce que femme veut, Dieu le veut.

Femmes gabonaises, donnez-nous de votre amour maternel en vous mobilisant pour que notre cher et beau pays soit la vitrine de la démocratie, de la justice, de la prospérité et de la paix dans le monde.

Pour conclure, je voudrais paraphraser un homme politique qui nous a quitté il n’y a pas longtemps, en l’occurrence El Hadj Omar Bongo Ondimba, qui a dit, je cite : «Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon ce que nous sommes entrain de faire » fin de citation.

Je vous remercie.

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