#Gabon: Mesdames, Prenez le Pouvoir! (Chronique Info Kinguélé)

CHRONIQUE D’INFOS KINGUELE

LUNDI 14 MAI 2012

MESDAMES, PRENEZ LE POUVOIR !!

Photo: Salle d’accouchement du Centre hospitalier de Libreville

Baladant ma petite souris sur Infos Kinguélé comme chaque semaine à lire attentivement les nombreux commentaires de ce forum d’échange sur le Gabon, je fus, une fois de plus, frappé par la vitalité et l’imagination des interventions.

Fouinant comme d’habitude, et comme une bonne souris, je ne me privais pas de fourrer mon museau partout afin de mieux renifler les odeurs de chaque sujet et de chaque commentaire. Sous le grand soleil de notre beau pays le Gabon, le célèbre Mappanne Kinguélé respirait encore le parfum de cette semaine.

Il y a longtemps déjà que la question me hante l’esprit. Assez longtemps même, devrais-je dire. Une dizaine d’années que cette question m’accompagne au quotidien. A chaque fois que je me suis proposé d’y apporter une réponse, j’ai toujours eu le sentiment qu’il manquait un autre aspect plus important que je n’entrevoyais pas.

Et comme toujours, lorsqu’une question me turlupinait les neurones, j’allais directement la poser au Notable de Lambaréné. Pourtant, il n’avait pas réponse à tout, malgré sa grande érudition, malgré sa grande expérience. Cependant, j’avais le sentiment que les réponses du Notable étaient toujours guidées par la sagesse.

Malheureusement, je n’aurai pas le temps de partager avec vous les détails des échanges que j’ai eus avec le Notable durant des nuits et des nuits sur cette question. En fait, j’avais trouvé sa réponse si simple que je pensais qu’il allait me donner une autre plus complexe. En même temps, je savais bien que le Notable de Lambaréné ne changeait jamais d’avis. Lorsqu’il disait quelque chose, c’est qu’il y avait longuement réfléchi. Ses réponses étaient liées à ses convictions. Ce fut réellement un moment étrange. Comme souvent dans ces nuits équatoriales, nos dialogues devenaient quasi-mystiques. Ces nuits mystérieuses au cours desquelles j’avais vraiment l’impression de ne plus écouter le Notable avec les oreilles. Je somnolais et je n’avais envie que d’une chose… Qu’il reporte la conversation car je me rendais bien compte qu’il avait cette habitude qu’ont les anciens chez nous de ne pas aller droit aux buts. Et il avait cette habitude de me dire: « l’impatience est le premier adversaire de la connaissance ». Celui qui veut savoir doit se donner le temps. Le temps de lire, le temps d’écouter, le temps de regarder. La sagesse ne s’acquiert pas seulement avec le temps. Elle est le Temps.

Bassééé Bassééé ? Je répondais Bassééé !

Nous étions donc dans nos dialogues nocturnes. C’était la sixième nuit consécutive sur le même sujet. C’était le 31 décembre 2007. Depuis le soir de Nöel, le Notable de Lambaréné m’entretenait sur le pouvoir politique au Gabon.

En cette fin d’année 2007, il eu quelque chose de magique que les historiens, les anthropologues, les psychologues, les sociologues, les politologues et d’autres spécialistes expliqueront un jour. Mais, étrangement, le peuple a la mémoire courte et la distraction facile. En ce mois de décembre 2007, Omar Bongo fêtait ses 40 années au pouvoir. Il y avait partout des grands panneaux dans la capitale. 2 décembre 1967-2 décembre 2007. Ce qui m’avait frappé, c’était l’étonnante placidité des gabonais. Notre bourreau nous annonçait que cela faisait 40 ans qu’il nous maltraitait, nous pillait et nous massacrait. Et aucun leader politique pour lui dire « Trop c’est trop, ça suffit comme ça ! ». C’est vrai que chaque gabonais était conscient que ces 40 ans signifiaient : oppression. Mais le peuple avait besoin d’entendre un leader le dire. Malheureusement, c’est un long silence auquel les populations ont eu droit. J’avais l’indécente impression que le même peuple qui se faisait rouler depuis 40 ans était encore prêt à l’accepter pour 40 autres années.

Et la seule question que l’on se pose dans ces situations est celle de savoir quel genre de peuple étions-nous. Ce même peuple qui se fascinait pour l’élection de Barack Obama avec ses slogans « Time For Change », « Change is Good », s’accommodait d’un vieux régime quadragénaire.

Durant ce mois de décembre 2007 j’avais envie d’une réponse. Qu’est-ce qui bloquait le changement au Gabon ?

J’avais entendu et lu beaucoup de chose mais j’avais la conviction qu’il manquait toujours quelque chose. Durant mes méditations infécondes, enfin, pas si infécondes que ça, disons que j’aboutissais aux réponses habituelles : l’armée, la corruption, la France, l’argent, la Franc-maçonnerie, etc. Et puis quand on ne trouve pas d’explications convaincantes, on dit c’est mystique, c’est la sorcellerie. Hypothèses parfaitement soutenables. Sans tomber dans le psychologisme à deux balles, j’avais cette faiblesse de penser que toutes ces hypothèses dissimulaient la responsabilité du peuple. Une façon de se dérober. C’est dans cet état d’esprit que j’étais allé voir le Notable de Lambaréné.

Toute forme de domination requiert une part d’adhésion et de séduction pour les dominés, même la plus infime, même la plus symboliquement infime. Le Notable de Lambaréné m’avait regardé droit dans les yeux et me le répétant trois fois. Dans cette nuit équatoriale, les yeux fins et perçants, une déception m’empoigna le cœur. Comprendre que d’une certaine façon, le peuple participait à sa propre domination me révoltait. Au moment où notre conversation nocturne prenait fin, après avoir tenté de me convaincre de l’accepter, il me lança ceci : lorsque les femmes décideront de mettre fin à ce pouvoir, il prendra fin ! Seule la femme détient le pouvoir, seule la femme donne le pouvoir. Je n’avais plus la force d’écouter ce qu’il pouvait me dire. Le sommeil et la fatigue avaient dompté mon cerveau, je continuais de lutter pour saisir tout ce qui sortait de la bouche du notable de Lambaréné. Dans la Bible, il eut Eve, aux USA il eut Rosa Louise Parks, en France il y a eu Jeanne-D’Arc et bien d’autres héroïnes dans l’Histoire des peuples, voilà la conclusion sur laquelle nous nous sommes quittés au moment où crépitaient les premiers pétards et les premiers cris de Bonanéé !

L’Histoire de Rosa Parks était à la fois banale et d’une lumineuse force car elle démontrait parfaitement ce dont on est capable même quand on croit ne pas détenir le pouvoir. Cette petite dame née dans le sud des États-unis était au cœur de la véritable révolution américaine, celle qui plaça l’égalité au centre de la vie. La fin de la ségrégation raciale. Certes, il eut une première révolution aux USA mais celle-ci fut la seule qui concentra les trois pivots de l’égalité : la citoyenneté, la race et la femme. La révolution française porta sur l’égalité entre citoyens, la révolution haïtienne imposa la question de la race mais Rosa Parks projeta les trois problèmes de l’égalité.

Le 1er décembre 1955 une belle jeune femme noire dans un bus refusa de céder sa place à un blanc. Nous sommes à Montgomery dans l’Alabama un des États américains le plus esclavagiste et les plus ségrégationniste. Ce fut le point de départ du célèbre boycott des bus et plus tard la victoire des noirs américains. Rosa Parks était une couturière inconnue jusqu’à ce jour de décembre 1955.

Pourquoi parler de Rosa Parks dans la Chronique de Kinguelé ?

Pour ceux qui ne suivent pas quotidiennement les discussions sur le forum gabonais le plus actif et le plus interactif, le choix de Rosa Parks n’est pas hasardeux. Une grande question inaugura les discussions cette semaine. Une femme peut-elle devenir présidente au Gabon ? Plus de 300 commentaires. C’est donc en reprenant ce sujet sur la femme et le pouvoir que, légitimement avec lui, nous devrions ouvrir la Chronique.

Une semaine extrêmement riche par la diversité des sujets et par la pertinence des commentaires.

Entre les lettres de félicitation saturées d’hypocrisie d’Ali Bongo à François Hollande et de Faustin Boukoubi à Martine Aubry, entre les législatives partielles et la nomination des proches au CNC, entre le sénateur PDG présumé commanditaire de crimes avec prélèvement d’organes vitaux et la salle d’accouchement du CHL, entre la conférence de presse de Jean Eyeghe Ndong et le clash Petit-Lambert/Blaise Louembé et enfin entre le récurrent sujet des 5000 logements et la nouvelle loi sur l’interdiction du port du voile intégral au Gabon, bref entre tous ces sujets que peut-on y voir de commun ?

Entre le souhait de voir une femme devenir présidente de la république et la salle d’accouchement du CHL, il est question du pouvoir de la femme. Ces femmes qui donnent la vie dans des conditions abominables et monstrueuses démontrent bien le rêve et la force qu’elles incarnent dans notre pays. Le rêve de voir 55% de la population parvenir à la tête de l’État et la force divine de pousser du fond des entrailles des petits gabonais qui ne savent pas encore les difficultés qui les attendent. Ces femmes sont-elles prêtes à conquérir le pouvoir ? Pour le moment, il faut se résoudre à constater que les femmes continuent de faire la propagande d’un régime qui les maltraite en les condamnant d’accoucher dans l’insalubre hôpital général de Libreville.

C’est en militant, en s’engageant que les femmes pourront protéger les vies qu’elles donnent. Défendre les droits, c’est défendre les vies que vous donnez et qui finiront peut-être dans les sacrifices des députés, des sénateurs ou d’un quelconque homme du pouvoir.

Mesdames, prenez le pouvoir pour ne plus donner la vie et les perdre dans des conditions atroces. Ce pouvoir qui banalise et ne respecte pas la vie se sert de votre indifférence politique pour prospérer.

Mesdames, prenez le pouvoir par les armes, les belles armes démocratiques qu’offre la constitution comme le suggère Jean Eyeghe Ndong. La première arme démocratique c’est la parole. La parole que le CNC tente de museler, la parole que le ministre de Kounabélisation et de la communication souhaite verrouiller.

Mesdames, prenez le pouvoir pour la liberté et l’égalité car en chaque femme sommeille une Rosa Parks. L’égalité des hommes et des femmes, l’égalité entre l’enfant qui nait à l’hôpital général et celui qui nait à la polyclinique El Rapha, l’égalité aussi entre celui qui nait à Bongoville et celui qui naît à Mabanda ou à Bollossoville. C’est l’égalité de la république. Mesdames, autant vous êtes la maternité de la République, autant vous vous êtes la maternité du changement. Le changement c’est maintenant ! Allaitez le changement comme vous allaitez ces magnifiques enfants dans vos bras.

Mesdames, le pouvoir est entre vos mains, c’est à vous de décider. Pourquoi continuer de regarder les Bongo se pavaner et imposer une religion musulmane ultra minoritaire dans notre pays. Ce régime minoritaire doit-il continuer à nous imposer les caprices du prince ? Caprice de devenir musulman pour le père, caprice d’être couronné Rais pour le fils. Et que dire de ce Rais qui s’offre un valet de chambre à 32 millions de nos francs ? Rien, mesdames ? Imaginons le nombre de femmes qui auraient accouché dans de meilleures conditions. Pays riche, peuple pauvre. Peuple pauvre pour des Bongo de plus en plus riche.

C’est donc conscient du pouvoir des femmes que je vous invite à méditer davantage sur cette sagesse du Notable de Lambaréné : « si tu vois des ombres, c’est que la lumière n’est pas bien loin. C’est ce qu’un notable de Lambaréné m’a enseigné. Le changement est plus proche que tu ne le crois. Ces ombres et ces doutes seront bientôt dissipés. »

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